Prévenir au lieu de guérir la violence domestique

Prévenir au lieu de guérir la violence domestique
Un autre drame familial vient d’ébranler le Québec. Contre toute attente, un père de famille, Martin Carpentier, a assassiné ses deux filles, Norah et Romy, avant de se donner lui-même la mort. La lecture du rapport du coroner glace le sang.
Est-ce que l’un de vos proches a déjà été attaqué par une outarde au Québec ? C’est peu probable. Néanmoins, tentez l’expérience suivante : localisez une petite famille d’outardes dans un parc régional ou un terrain de golf et tentez d’isoler le père du reste de sa famille. Vous risquerez fort de vous retrouver aux urgences.
Chez les mammifères, l’attachement du père à sa progéniture varie selon l’espèce. Le mâle chez la souris n’a qu’un rôle reproducteur. En revanche, chez le renard roux, le mâle accompagne et protège sa progéniture pendant typiquement cinq mois. Ce délai d’une espèce à l’autre varie selon l’autonomie du nouveau-né. Or, à ce chapitre, l’Homo sapiens est définitivement l’espèce la plus dépourvue à sa naissance. C’est pourquoi, la sélection naturelle a programmé le père homo sapiens pour s’attacher à ses enfants. Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’il réagisse mal quand on essaie de lui arracher ses enfants, à l’instar de l’outarde. Toutefois, la société est beaucoup plus indulgente envers cette dernière.
Qu’on ne s’y méprenne pas ici : rien ne justifie l’injustifiable. Martin Carpentier n’avait même pas de raisons objectives de craindre qu’on lui retire ses enfants. Martin souffrait de psychose. Il ne fallait pas s’attendre à un comportement rationnel de sa part.
Heureusement, seulement une infime proportion des divorces se terminent en drames familiaux. Toutefois hélas, la majorité des hommes, surtout des pères de famille, souffrent secrètement mais pas moins profondément quand leur famille s’écroule. Si, en plus, ce père est fragile sur le plan psychologique, a fortiori psychiatrique, le cocktail devient alors explosif. Cette fragilité peut être permanente mais aussi simplement temporaire à cause de la rupture amoureuse.
L’homme dissimulera sa détresse psychologique beaucoup plus que la femme. On ne peut l’en blâmer car il a été ainsi conçu ; adressez plutôt vos plaintes au Créateur (ou à l’Évolution selon que vous soyez croyant ou darwiniste). Par conséquent, la meilleure manière de prévenir la violence domestique n’est pas de blâmer davantage l’homme, car il est déjà trop blâmé dans notre société et ce blâme ne fait qu’exacerber sa détresse. Il faudrait plutôt venir aux devants des hommes qui vivent une rupture récente car évidemment, mieux vaut prévenir que guérir. Si Martin avait bénéficié d’un support psychologique préventif, peut-être aurions-nous pu prévenir l’irréparable.
Malheureusement, 90% des ressources de support sont actuellement allouées aux femmes, comme si l’homme ne méritait pas un traitement égal. Et soit dit en passant, 70% des infanticides sont commis par la mère et non le père[i].
Romain Gagnon, ing.
[i] Selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)