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Romain GagnonIngénieur, auteur et conférencier

Lettre ouverte au PDG du CNMC

Monsieur Stephen Brown,

Président-directeur général,

Conseil National des Musulmans Canadiens

Nous vous écrivons à la suite de votre entrevue accordée la semaine dernière à Marco Bélair-Cirino dans Le Devoir.

Le 19 octobre dernier, à la Bibliothèque nationale du Québec, nous assistions à la captivante mais angoissante conférence des anthropologues européennes Florence Bergeaud-Blackler et Fadila Maaroufi, de passage à Montréal. Elles y ont exposé l’action de réseaux fréristes visant à convertir des pays occidentaux à l’islamisme et à normaliser la charia dans l’espace public.

Pourtant, dans votre entrevue, vous dites ignorer si les enseignants du « clan dominant » de Bedford relevaient d’« un mouvement organisé qui veut conquérir le gouvernement et imposer des mœurs » ou s’ils ont agi de leur propre initiative. S’il est une personne qui devrait connaître la réponse, c’est bien vous.

Vous vous déclarez favorable à la laïcité de l’État, tout en contestant devant la Cour suprême du Canada la Loi sur la laïcité de l’État (ex-projet de loi 21), largement appuyée par la population québécoise, y compris par une partie de citoyens de foi musulmane. Soutenir la laïcité suppose d’en accepter les conséquences concrètes dans la fonction publique et les institutions.

Par ailleurs, dans plusieurs pays à majorité musulmane, la prière de rue est strictement encadrée, lorsqu’elle n’est pas interdite. Pourquoi, au Québec, vous élevez-vous contre l’intention du gouvernement d’encadrer légalement ces rassemblements (bruit, obstruction, amplification, parcours) comme n’importe quelle manifestation ?

À nos yeux, des prières ritualisées, récurrentes et amplifiées tiennent moins du geste spirituel que de la démonstration politique. De même, le hijab — dont la prescription coranique est discutée — fonctionne souvent comme marqueur d’avancement d’un projet islamiste. C’est, du reste, ce que nos conférencières ont expliqué. Nous nous étonnons que vous feigniez de l’ignorer.

Vous dites observer une forte hausse de « l’islamophobie ». Le terme mélange souvent crainte et haine. Or une phobie est d’abord une peur — parfois irrationnelle — , tandis que la haine se manifeste par des actes et propos discriminatoires que nous condamnons sans réserve. Qualifier de « phobiques » des demandes légitimes d’encadrement neutre (bruit, obstruction, neutralité des institutions) confond sentiments et comportements et empêche de traiter les problèmes réels. Sans cautionner aucun amalgame, il n’y a pas de fumée sans feu : lorsque des pratiques religieuses sont instrumentalisées à des fins politiques dans l’espace commun, les inquiétudes augmentent — d’où la nécessité de règles claires et symétriques.

Pour reprendre votre exemple culinaire : personne n’oblige qui que ce soit à manger du bacon ; nul ne devrait non plus imposer des standards religieux (p. ex. généraliser le halal) dans l’espace commun. Là encore, il s’agit de refuser des marqueurs de territoire.

Le projet de constitution du Québec entend donner préséance à l’égalité femmes-hommes lorsqu’elle entre en tension avec d’autres droits, dont la liberté de religion — position soutenue par une majorité de Québécois et qui vise aussi la protection des femmes musulmanes. Vous affirmez défendre l’égalité, mais vous contestez les outils qui la garantissent. Cette incohérence interpelle.

En résumé, vous tentez de ménager la chèvre et le chou. Nous, Québécois, avons la ferme intention de prendre notre avenir culturel en main en réaffirmant une laïcité appliquée : liberté de culte pour tous, passe-droit pour personne. Il est temps d’être clair — pour la cohésion sociale, pour l’égalité, et pour la paix civile. Nous ne laisserons pas la chèvre manger le chou.

Veuillez agréer, Monsieur le président-directeur général, l’expression de nos salutations distinguées.

Romain Gagnon, Sceptiques du Québec

Michel Virard, Association humaniste du Québec

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