Aller au contenu
Romain GagnonIngénieur, auteur et conférencier

L’école doit rester un lieu de savoir, et non d’endoctrinement

L’affaire Bedford a fait couler beaucoup d’encre depuis la médiatisation du rapport commandé par le ministère de l’Éducation en octobre dernier. Ce rapport accablant dénonce un climat toxique instauré par un groupe d’enseignants intimidateurs, majoritairement de confession musulmane.

Dans un plan d’action dévoilé récemment, deux experts recommandent au gouvernement du Québec une réforme en profondeur du monde de l’enseignement, dépassant le seul cas de Bedford, et visant notamment une uniformisation des pratiques professionnelles. Parmi les propositions, on retrouve la mise en place de conditions pour assurer la laïcité de l’école, ce qui revient à prévenir le prosélytisme religieux en milieu scolaire, sans le nommer directement.

L’école, un espace dédié à la pensée critique et non à l’endoctrinement

L’intention est louable : l’école doit rester un incubateur de pensée critique et scientifique pour nos futurs citoyens. On y apprend à analyser, raisonner et questionner, et non à se faire imposer des dogmes religieux ou idéologiques.

Cela dit, si l’uniformisation des pratiques professionnelles permet un meilleur encadrement scolaire, elle peut aussi devenir un véhicule d’une idéologie dominante qui, sans être plus scientifique que la religion, bénéficie du soutien des tendances sociales du moment.

Cette année, nous, les Sceptiques du Québec avons justement décerné notre Prix Fosse sceptique au syndicat des professeurs et au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), pour leur inaction face à un climat toxique qui s’est installé dans certaines écoles, dont Bedford. Ce laxisme a permis à certains enseignants musulmans de contourner les exigences académiques du ministère de l’Éducation.

Une science réprimée au profit de l’idéologie

Parallèlement, nous avons remis notre Prix sceptique au biologiste et professeur émérite François Chapleau pour son travail de vulgarisation sur la réalité biologique du sexe. Il a soumis au ministère de l’Éducation une série de cinq vidéos pédagogiques démontrant que le sexe est une réalité biologique binaire et non une construction sociale subjective. Or, ces vidéos ont été rejetées non pour des raisons scientifiques, mais pour des considérations idéologiques, car elles remettaient en question les orientations actuelles du ministère influencées par l’idéologie de genre.

Depuis plusieurs années, nos institutions scolaires ne se contentent plus d’éduquer : elles font la promotion de certaines idéologies. Le nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise en est un exemple frappant. Dès le primaire, dans les cours d’éducation à la sexualité, on enseigne aux enfants que le sexe biologique est une construction sociale et qu’ils peuvent être « une fille, un garçon, un mélange des deux, aucun des deux ou toute autre variation ».

Au secondaire, les inégalités sont abordées à travers le prisme de concepts hautement idéologiques comme le capacitisme, la cis-hétéronormativité, les micro-agressions, le racisme systémique et l’appropriation culturelle.

La Boîte à outils SansStéréotypes, une initiative du gouvernement du Québec, fournit aux enseignants du matériel pédagogique conçu par des groupes d’intérêt, orientant ainsi la manière dont des sujets comme le racisme, le sexisme, la diversité sexuelle et de genre ou l’image corporelle doivent être abordés en classe. On y retrouve notamment la licorne du genre, mais aussi des vidéos qui minimisent les risques liés à l’obésité, affirmant que « l’habit corporel de quelqu’un ne nous dit rien sur sa santé ». Pourtant, selon l’OMS, l’obésité est bel et bien une maladie chronique avec de lourdes conséquences sanitaires.

Les syndicats d’enseignants ne sont pas en reste. La Fédération autonome des enseignants (FAE), qui conteste en Cour suprême la loi 21 sur la laïcité, se fait le porte-étendard d’un féminisme intersectionnel militant. Quant à la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), elle propose à ses membres un guide antiraciste les incitant à militer contre la « suprématie blanche impérialiste, capitaliste et patriarcale ».

Censure et dérive idéologique dans le système scolaire

Ce militantisme idéologique en milieu scolaire est d’autant plus préoccupant qu’il s’accompagne d’une censure systématique des idées dissidentes. Toute remise en question de ces dogmes est soit marginalisée, soit interdite. Conférences et plateformes d’échange se ferment aux chercheurs qui ne s’alignent pas sur le discours dominant.

L’école doit-elle être un outil de militantisme ou demeurer un espace neutre où la science et la pensée critique priment ? Former des citoyens éclairés exige de rejeter à la fois le prosélytisme religieux et l’endoctrinement idéologique.

C’est pourquoi l’uniformisation des pratiques professionnelles doit se faire avec prudence. Elle ne doit pas servir de prétexte à un nouvel endoctrinement.

Nous estimons qu’il est urgent de recentrer l’école sur sa mission première : enseigner la rigueur intellectuelle, la curiosité scientifique et le libre examen des faits. C’est ainsi que nous protégerons les générations futures contre toutes les formes de dogmatisme.

Romain Gagnon, ing., administrateur des Sceptiques du Québec

Michel Belley, M. Sc., Président

Jean-Sébastien Bourret, M. Sc., Vice-président

Philippe Thiriart, L. Ph. (Psy), administrateur et cofondateur

Francis Laurin, M. Sc., administrateur

Diane Brouard, M. Mus., administratrice

← Tous les billets