Le hijab à l’école : complaisance, aveuglement volontaire ou compromission ?

Au lendemain de la publication de l’article « L’épouvantail de l’islam radical » d’Isabelle Hachey dans La Presse, se tenait à Montréal une conférence organisée par le Rassemblement pour la laïcité, animée par Nadia El-Mabrouk et intitulée « La laïcité à l’épreuve de l’islam ». Y participaient plusieurs conférenciers d’origine musulmane ayant fui leur pays d’origine à cause de l’oppression islamiste : Wafa Sultan, psychiatre américaine d’origine syrienne ; Semir Mecibah, éducateur franco-algérien ; Fatima Aboubakr, femme d’affaires marocaine ; et Nezar Hammoud, président de l’association Gilgamesh. Tous témoignaient d’une expérience vécue bien plus crédible que celle de certains intellectuels occidentaux, comme Daniel Verba, qui théorisent l’islam depuis leurs bureaux, à bonne distance de ses conséquences.
Un constat clair émergeait : le Québec sous-estime témérairement la menace que représente l’islamisme dont son emprise sociopolitique, qu’il s’exprime par le port du hijab ou par l’occupation de l’espace public par des rituels religieux. L’article de Mme Hachey, d’ailleurs, fut cité comme exemple de naïve complaisance.
Wafa Sultan et Fatima Aboubakr ont dénoncé la dynamique complexe de ce système patriarcal qui impose la tutelle masculine notamment à travers des codes vestimentaires destinés à afficher la soumission des femmes. Le voile, disaient-elles est un outil d’oppression misogyne, imposé pour contrôler le corps féminin et le rendre responsable du désir masculin. Cette vision, incompatible avec l’égalité entre les sexes, entre frontalement en contradiction avec nos valeurs occidentales.
Des intellectuelles engagées offrent aussi une lecture critique du voile. C’est le cas de Hanane Karimi, docteure en sociologie et enseignante à l’université de Strasbourg, ou encore de Kahina Bahloul, islamologue franco-algérienne, qui dénoncent le hijab comme une injonction sexiste et un instrument de contrôle communautaire. Ces voix courageuses méritent qu’on les écoute — mais elles sont trop souvent étouffées au nom d’un multiculturalisme dévoyé.
Il est grand temps de cesser de présenter le hijab comme un simple accessoire religieux, équivalent à une croix ou à une kippa. Le voile est d’abord l’expression d’une idéologie prosélyte et misogyne selon laquelle la femme doit masquer son corps pour préserver l’honneur communautaire. Nombreuses sont celles qui le portent sous la pression, par crainte de représailles familiales ou communautaires.
Il est vrai que certaines adolescentes choisissent le voile dans une démarche de rébellion identitaire ou de quête de sens. Mais ce contexte ne justifie en rien que l’école publique, censée être un espace de savoir et de développement de la pensée critique, devienne un lieu de normalisation de ce symbole.
L’école est là pour former des citoyens capables de penser par eux-mêmes, pas pour promouvoir des marqueurs prosélytes ou idéologiques imposés à des élèves de certaines origines. Le Québec a adopté une loi minimaliste sur la laïcité seulement en 2019 alors que des pays comme la France ou la Belgique ont déjà interdit le voile dans les écoles depuis des décennies. Et pourtant, ces pays paient encore le prix fort pour leur laxisme. Nous n’aurons pas cette excuse.
Refuser que le voile s’impose à l’école, ce n’est pas exclure : c’est protéger. C’est garantir un espace où tous les élèves peuvent se développer librement, sans subir de pressions identitaires ou prosélytes. Ce n’est pas un rejet de l’autre, mais un refus de l’instrumentalisation de son image au profit d’un agenda idéologique.
Oui, les militantes musulmanes laïques que nous citons savent exactement de quoi elles parlent. Mme Hachey devrait justement s’interroger pourquoi ces militantes qui ont fui l’islamisme n’emploie pas l’expression « islam radical ».
Mandana Javan
Fatima Aboubakr
Romain Gagnon
David Rand