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Romain GagnonIngénieur, auteur et conférencier

La solution au réchauffement climatique est davantage politique que technologique

La solution au réchauffement climatique est davantage politique que technologique

La COP 29, tenue à Bakou en 2024, met encore une fois en lumière une réalité troublante que nous aimons minimiser : nos modèles économiques dégradent l’environnement à un rythme insoutenable.

L’illusion d’une énergie infinie

L’industrialisation a permis de repousser certaines limites naturelles grâce à l’exploitation massive des combustibles fossiles — pétrole, charbon et gaz naturel. Ces ressources ont offert une énergie abondante, facilitant le chauffage des maisons, la production industrielle et les déplacements mondiaux. Cependant, cette dépendance a généré une pollution considérable et des émissions excessives de gaz à effet de serre.

Cette exploitation effrénée a entretenu l’illusion que nous pouvions indéfiniment maintenir un mode de vie énergivore. En réalité, notre confort moderne repose sur une abondance artificielle qui masque les failles de notre modèle économique, illustrées par l’expression québécoise « pelleter la neige par en avant ».

Les alternatives énergétiques

Les énergies renouvelables, comme le solaire, l’éolien ou l’hydroélectricité, bien qu’indispensables, ne peuvent à elles seules satisfaire durablement les besoins d’une société toujours plus gourmande en énergie. Elles ne font que repousser temporairement l’inévitable.

La fusion nucléaire et l’exploitation des gisements d’hydrogène naturels offrent des perspectives plus prometteuses. La fusion nucléaire, en particulier, pourrait fournir une énergie quasi illimitée sans les inconvénients des combustibles fossiles, mais sa mise en œuvre reste à des décennies de maturité. Quant à l’hydrogène, bien qu’il représente une alternative propre, il nécessite encore des investissements colossaux et une coordination internationale pour devenir une solution concrète.

La taxe carbone : une solution fiscale

À court terme, la capture et le stockage du carbone constituent les seules options viables pour atténuer le réchauffement climatique. Toutefois, cette technologie reste coûteuse : environ 245 $ par tonne de CO2 capturée. Par exemple, une taxe carbone de 56 cents par litre d’essence suffirait à financer cette captation, rendant ainsi la combustion d’essence carboneutre.

Une telle taxe carbone présenterait un triple avantage. Premièrement, elle garantirait la carboneutralité de la consommation en finançant la captation d’une quantité équivalente de CO2 à celle émise. Deuxièmement, elle dissuaderait la consommation inutile par son coût additionnel. Troisièmement, elle fournirait les moyens financiers nécessaires pour soutenir et accélérer le développement de solutions durables, comme les énergies renouvelables et des technologies plus économiques de captation du carbone.

Les dérives du confort moderne

L’abondance énergétique a créé un confort artificiel souvent incompatible avec la nature humaine, qui est biologiquement programmée pour affronter des défis quotidiens liés à la survie. Ce niveau de confort excessif est fréquemment associé à l’émergence de problèmes tels que l’obésité, certaines pathologies psychologiques, et la montée d’idéologies déconnectées des réalités biologiques. De plus, contrairement à ce que suggèrent les messages publicitaires, le bonheur humain n’est pas directement lié à une consommation accrue. En réalité, la quête d’un confort excessif peut même engendrer une insatisfaction profonde, mettant en lumière les limites d’un modèle économique axé sur la surconsommation.

L’urgence d’une nouvelle vision

La quête d’une croissance infinie est incompatible avec les lois de la nature. Il est impératif de revoir nos priorités pour respecter les limites écologiques de la planète. En attendant des percées décisives dans la fusion nucléaire ou l’hydrogène, les gouvernements doivent se tourner vers la séquestration du carbone malgré son coût économique immédiat.

Les obstacles politiques

Contrairement à la pollution locale, le réchauffement climatique est un défi global qui exige la participation de tous les pays. Sans un effort concerté, les initiatives isolées resteront vaines. Bien que des tarifs douaniers puissent pénaliser les pays réfractaires, cette mesure est loin d’être une solution durable.

Le défi est également interne. Imposer une taxe carbone suffisamment élevée pour financer ces initiatives reviendrait à instaurer une austérité comparable à celle des siècles passés, où la consommation était limitée. De plus, cette austérité moderne risquerait d’être inéquitable, favorisant les élites capables d’accéder à des technologies avancées. Le Québec en donne un avant-goût, où certains médecins quittent le système public pour exercer en privé.

Dans ce contexte, quel gouvernement démocratique oserait appliquer une politique réduisant la qualité de vie de sa population ? Ce serait un suicide politique. Pourtant, plafonner la croissance démographique est clairement une alternative plus souhaitable que d’assister à l’extinction de l’humanité.

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