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Romain GagnonIngénieur, auteur et conférencier

De la désuétude de notre système politique

De la désuétude de notre système politique

L’originale députée de Québec Solidaire, Catherine Dorion, quitte la vie politique en affirmant que l’Assemblée nationale est passée date (sic). Hélas, elle n’a pas tout-à-fait tort.

Nos systèmes parlementaires québécois et Canadien sont calqués sur le système parlementaire britannique et souffrent des mêmes lacunes. Que ce soit à Québec, à Ottawa ou à Londres, nous assistons à la même foire d’empoigne au parlement qui n’a rien d’édifiant pour le genre humain.

Selon nous, notre démocratie comporte au moins trois aberrations. Afin d’illustrer la première, imaginez qu’une dizaine de couples amis, qui aiment bien passer leurs vacances estivales ensemble, décident de fonder une association afin de négocier des prix de groupe. Chaque année, la destination est choisie démocratiquement à raison d’un vote par couple. Imaginez maintenant que cette année, deux couples votent pour une croisière en Alaska et que les huit autres couples votent pour un tout-inclus dans les Antilles mais chacun dans une ile différente. En vertu de nos règles démocratiques, c’est la croisière en Alaska qui gagnerait au vote bien que la majorité préfère la chaleur des Antilles. C’est ainsi que parfois des partis représentant des intérêts marginaux parviennent au pouvoir.

Voici maintenant la deuxième aberration. Dans notre système démocratique, si 40% des comtés ont voté pour le parti A, 30% pour le parti B et 30% pour le parti C, le parti A est élu mais avec un statut minoritaire. Imaginez maintenant des suffrages dans les mêmes proportions mais répartis de façon homogène dans tous les comtés. En vertu de nos règles démocratiques, le parti A serait élu de façon majoritaire. Ainsi, simplement à cause de facteurs géographiques, le parti A gouvernera unilatéralement en faisant fi des autres partis bien qu’il n’ait pas l’appui de la majorité de la population. Or, un tel cas de figure arrive trop souvent.

Et finalement, la troisième aberration. Bien qu’écologistes dans l’âme, nous n’avons jamais voté pour le parti Vert au fédéral puisqu’il n’a jamais présenté de candidats d’envergure. Nous avons flirté avec l’idée de voter pour le parti conservateur aux dernières élections puisqu’il s’était engagé à ne pas contester la loi sur la laïcité (loi 21) du Québec et qu’il aurait probablement mis fin au délire woke du gouvernement libéral actuel ; toutefois, nous ne voulions pas d’un parti issu de la droite chrétienne qui limite le droit à l’avortement et enseigne le créationnisme comme alternative au darwinisme dans nos écoles. Nous avons paradoxalement voté pour le Bloc québécois, un parti dont nous estimons le chef bien qu’il ne pourra jamais devenir premier ministre.

En France, le scrutin à deux tours résout en partie ce paradoxe. Souvent, au premier tour, les électeurs votent pour leur parti préféré et au second tour, ils votent contre le parti qu’ils craignent le plus. En Suisse, le parti au pouvoir organise régulièrement des référendums sur différentes questions. Ainsi, qu’importe le résultat des élections, les électeurs peuvent ultérieurement voter contre un projet du gouvernement à l’occasion d’un référendum. Contrairement au Canada, l’électeur n’est pas obligé de prendre la table d’hôte ; il peut choisir son menu politique à la carte.

Bref, nous ne prétendons pas connaitre la formule magique mais clamons qu’il est grand temps de revoir de fond en comble notre mécanique démocratique. L’opposition devrait notamment jouer un rôle plus constructif qu’à l’heure actuelle, voire un rôle d’alliée plutôt que d’adversaire. Pourquoi d’ailleurs l’opposition ne serait-elle pas représentée au conseil des ministres selon sa part des suffrages ? Et pourquoi ne pas élire directement les ministres indépendamment de leur parti ? En attendant ces réformes, des lobbys politiques malintentionnés continuent d’exploiter habillement et sournoisement les biais de notre démocratie.

Coécrit avec Andréa Richard

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