Contre la haine dans les facultés de médecine

Aujourd’hui, l’organisation Dara (Doctors Against Racism and Antisemitism) a émis un communiqué de presse révélant des faits aussi troublants qu’inacceptables : pendant des mois, des propos antisémites, racistes, misogynes et haineux ont circulé sur un serveur Discord public fréquenté par des aspirants médecins québécois. Ces messages — dont certains glorifient la « Solution finale » ou le terrorisme, dénigrent les femmes et véhiculent des insultes raciales — étaient visibles par plus de 1 400 membres. Les auteurs ? De futurs médecins. Et cette haine ne reste pas confinée à un canal virtuel : elle s’infiltre déjà dans les classes, les cliniques, les hôpitaux.
Une question s’impose : pourquoi aucune mesure disciplinaire publique n’a-t-elle été prise par les universités concernées ?
Ce silence choque, d’autant qu’il contraste avec des précédents bien documentés :
- En 2013, des joueurs de l’équipe de football de Saint Mary’s ont été suspendus pour des commentaires racistes et sexistes diffusés en ligne.
- En 2015, l’Université Dalhousie a suspendu 13 étudiants en médecine dentaire pour des propos sexistes publiés sur Facebook, dont des blagues sur le viol.
- En 2017, un étudiant de l’Université de Toronto a été suspendu pour avoir tenu des propos antisémites lors d’une manifestation sur le campus.
- En 2019, un étudiant de l’Université de la Colombie-Britannique a été suspendu après une vidéo raciste envers des étudiants asiatiques.
- En 2020, une professeure de l’Université d’Ottawa a été suspendue pour un mot controversé utilisé en contexte académique, malgré ses excuses.
Dans tous ces cas, des gestes ont été posés. Pourquoi pas ici ? Qu’est-ce qui justifie cette tolérance soudaine ?
La médecine repose sur la confiance, l’éthique et l’humanité. Elle exige une rigueur morale. Comment tolérer que des individus ayant tenu des propos haineux, documentés et publics, poursuivent sereinement leur parcours vers cette profession ?
Rien de ce qui a été publié n’était privé. Et rien de ce qui a été écrit n’est excusable. Minimiser ces propos, c’est banaliser la haine. Ne pas réagir, c’est l’avaliser.
Les facultés concernées doivent sortir de leur mutisme. Les ordres professionnels doivent s’exprimer. Car face à la haine, le silence n’est pas neutralité : c’est complicité.
Nous appelons à des sanctions claires, des mesures concrètes et une cohérence avec les valeurs que la médecine prétend incarner. Le Québec mérite mieux. La médecine aussi.
Il est temps d’agir. Et de tracer une ligne.
Mandana Javan, M.Sc.
Romain Gagnon, ing