À quand la police 2.0?

Le racisme de la police est actuellement un sujet d’actualité. Dans les faits, le problème d’attitude des policiers ne se limite pas aux minorités visibles. Il est généralisé à tous. En Amérique du nord, la police entretient une relation violente avec les citoyens. Il ne faut donc pas s’étonner que la population en général craigne la police.
Il suffit de voyager un peu pour constater qu’il en est autrement dans d’autres pays, notamment en France. Les français n’ont pas peur de leur police, ce qui a un impact direct sur le climat social. Cette mentalité où la police doit intimider les gens pour se faire respecter nous provient tout droit des États-Unis, pays du Far-West. Hélas, les corps policiers du Québec s’inspirent de plus en plus de la méthode américaine pour former leurs effectifs.
En tant que citoyens et contribuables, il y a lieu de se demander quelle sorte de relation désire-t-on avec nos policiers. Après tout, qui est le client ici ? Qui payent le salaire des policiers, sinon les contribuables via leurs impôts ? En tant que client, le payeur de taxes est en droit de recevoir un service adéquat, notamment un service à la clientèle courtois. Pourquoi devrions-nous tolérer l’agressivité d’un policier davantage qu’un ambulancier ou encore qu’un pompier ? Et pourtant, ces deux derniers sont en général bien plus avenants.
Le problème de la police est double, soit à la fois individuel et institutionnel. Sur le plan individuel, certaines recrues choisissent malheureusement le métier de policier afin d’assouvir leurs pulsions de violence. Des évaluations psychométriques sérieuses devraient identifier et écarter ces profils violents préalablement à l’embauche. Ces évaluations devraient notamment valider que la motivation profonde du futur policier soit de servir la communauté et non d’abuser de son pouvoir. Les tests actuels ne fonctionnent vraisemblablement pas.
Le problème institutionnel de la police est lié à leur formation et notamment à l’endoctrinement que subit le jeune policier souvent rempli de bonnes intentions au départ. La formation de policier survient à un âge où l’apprenti est particulièrement vulnérable et manipulable. C’est l’opportunité pour les hauts dirigeants policiers d’inculquer leurs valeurs désuètes et répressives, incompatibles avec les attentes des bons citoyens. Le problème institutionnel de la police ne provient donc pas de sa base mais bien de sa haute direction. Il faudrait momentanément appointer des gestionnaires civils à la tête des corps policiers afin de remédier à l’arrogance qui en contamine les rangs.
Or, si l’on se fie à la nouvelle image des véhicules de police au Québec depuis un an, cette arrogance n’est pas en voie de disparaitre. On est passé du blanc et bleu doux au noir méchant, d’un lettrage fin à de gros caractères agressifs. Il ne manque plus que des têtes de mort pour orner les véhicules.
A-t-on vraiment besoin de gens armés pour remettre des contraventions de vitesse ? Les fonctionnaires de la SAAQ font déjà très bien le travail avec les camionneurs. En plus, la police a récemment adopté la très désagréable manie de se tenir en arrière du conducteur au volant de sa voiture lors qu’elle lui adresse la parole. Cette technique, made in USA, force le conducteur à se tordre le cou, ce qui l’empêcherait de tirer le policier à bout portant mais ce n’est jamais arrivé dans l’histoire du Québec ; en revanche, cette contorsion du cou est au mieux désagréable pour tous sinon douloureuse. Aussi, est-il pertinent de procéder à une chasse à l’homme pour une infraction mineure et ainsi mettre en danger la vie d’innocents ? Hélas, ces poursuites automobiles ont causé nombre de victimes collatérales et la France les interdit désormais mais pour de vrai.
À quoi servent ces gilets pare-balle que portent fièrement les policiers dans les événements populaires alors que moins d’un policier par année meurt en service, sinon que d’intimider les citoyens ? On me répondra qu’il faut protéger les policiers car ils exercent un métier dangereux ; dans les faits, le taux de décès au travail est dix fois plus élevé chez les travailleurs de la construction. Et pourquoi les policiers ne s’habilleraient-ils pas en civil durant les festivals ? Il leur serait ainsi plus facile d’intercepter la vente de drogue aux mineurs ainsi que la prostitution juvénile.
Autrefois, les policiers étaient entrainés pour tirer dans les jambes. Aujourd’hui, ils sont désormais entrainés pour tuer. Ils visent volontairement les parties vitales. De plus, leur critère pour tirer est de craindre pour leur vie. Donc, ils n’hésitent pas à tuer même si le prévenu n’est muni que d’un couteau. Le web pullule désormais de vidéos où de pauvres types dans un état mental précaire se font littéralement assassinés alors qu’ils auraient pu être facilement maitrisés. Ce bris de confiance envers la police produit un effet pervers : les proches d’un individu en crise et potentiellement violent hésitent de plus en plus à recourir aux forces de l’ordre.
Quelle était l’utilité objective de passer les menottes au célèbre hockeyeur Guy Lafleur accusé simplement de fausses déclarations ? Des ressources sociales alternatives seraient aussi plus adéquates que la police dans plusieurs situations dont notamment auprès des sans-abris ou encore en situation de conflit conjugal. Nous devrions minimalement imiter la Norvège où les policiers doivent conserver leurs armes dans leur véhicule de service.
Il y a lieu de se demander quelle sorte de climat social désirons-nous comme société : un sentiment de liberté ou de répression ? Le petit délinquant craignant moins la police sera peut-être plus enclin à commettre son crime mais n’est-ce pas là un petit prix à payer pour obtenir une meilleure ambiance sociale ? J’entends déjà des policiers s’offenser d’une telle tolérance au crime. Pourtant, quand vient le temps de dénoncer un petit crime économique, où est donc passé le zèle des policiers ? Quand l’opportunité d’utiliser ses gros biceps n’est pas là, le policier est soudainement trop occupé pour intervenir. En effet, les petits crimes économiques ont beau causer objectivement plus de préjudices sociaux que la violence, les résoudre ne fait pas très hollywoodien.
Loin de moi l’idée de mettre tous les policiers dans le même panier. Plusieurs exercent leur métier comme une vocation. Toutefois, il est grand temps de retirer les pommes pourries, parce qu’elles finissent toujours par faire pourrir les autres. Et surtout, ne laissons pas notre police s’américaniser.
Romain Gagnon